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Article écrit par :

Vincent Bonneau

Directeur de la BU IDATE Lab.

Carole Manero

Responsable de la practice Services Mobiles

Les changements constatés dans les usages peuvent-ils être durables sans un modèle économique complémentaire pour passer à l’échelle ? Plusieurs activités semblent pouvoir profiter d’un véritable décollage des usages numériques et/ou franchir un palier en termes d’usages, en complément des activités physiques correspondantes.

La crise sanitaire est donc l’occasion de passer d’innovations avec des usages confidentiels à des solutions à grande échelle qui reste l’enjeu principal de la diffusion du numérique (DigiWorld Summit 2019), sans pour autant devenir l’usage exclusif. À quels changements d’usages doit-on s’attendre ?

En premier lieu, la crise sanitaire actuelle pourrait installer durablement la pratique des téléconsultations, dont la mise en place lente et tardive (avec notamment des complications administratives fortes) ne représentait qu’1 % des consultations en France avant la crise contre 11 % fin mars avec près d’un ½ million de consultations (source : Ameli1). On notera qu’ici le modèle économique est assez simple (reprise du modèle économique physique) et que le nombre de consultations est conséquent mais pourrait même être plus élevé si toutes les conditions étaient réunies.

Le télétravail pourrait se démocratiser davantage. Son usage était déjà répandu, même s’il restait le plus souvent ponctuel en dehors de circonstances particulières comme les grèves massives en France autour de la réforme des retraites. Les employés y sont globalement favorables (malgré la difficulté inédite de devoir pour certains gérer en même temps les enfants) mais pas toujours équipés de la bonne façon. Les bénéfices sont clairs sur la gestion du temps, avec des gains considérables sur les temps de trajet (et indirectement sur la pollution). Là encore, contrairement à beaucoup d’autres services, le modèle économique n’est pas un problème majeur pour l’instant ; les charges sont au final portées par l’employé. Les revendications existent déjà (source : Glassdoor2) et pourraient alors remettre en cause la bienveillance des employeurs.

Plus largement, quels que soient les usages, on assiste donc durant cette crise à une démocratisation accélérée des usages numériques, qui sont les seules solutions disponibles pour un très grand nombre d’activités. On pense notamment aux personnes âgées qui découvrent à cette occasion la visio-conférence ou aux PMEs les outils de collaboration souvent déjà bien utilisés dans les grands groupes. Mais cette diffusion ne peut se faire pour tous sans des investissements pour une bascule plus forte dans le numérique, aussi bien dans les réseaux que dans les équipements et l’éducation.

Si l’Internet résiste, les déplacements de population pré-confinement ont impacté les réseaux en province disposant de moins de capacité et tous les acteurs de la SVoD ont été invités à limiter la qualité des encodages3. Le retard des déploiements est responsable de ce nécessaire bridage des réseaux, réseaux qui sont nettement en retard en Europe aussi bien sur la fibre que sur la 5G, et ce malgré les plans nationaux.

En Europe, les déploiements ne concernent que les grandes agglomérations. Quelques centaines de sites 5G seulement sont opérationnels à comparer aux dizaines de milliers de sites asiatiques. Egalement, la 5G n’est une réalité commerciale que dans une dizaine de pays européens, France exclue. Et pour cause, les enchères 5G qui devaient avoir lieu courant avril en métropole, -déjà un peu tardivement par rapport à nos voisins européens-, subissent de plein fouet la crise. Elles ont été décalées à une date ultérieure par l’Arcep, le régulateur des télécoms. L’Autriche, l’Espagne, la Grèce, et le Portugal ont également préféré reporter leurs enchères en toute transparence vis-à-vis de la Commission Européenne qui voit les objectifs du 5GAction Plan bousculés. Les opérateurs européens aussi ont ralenti leurs efforts ; l’installation d’antennes pour les tests 5G a subi un net coup d’arrêt en mars en France. Et 1&1Drillish a annoncé devoir repousser le lancement de ses services 5G en Allemagne en raison du Covid-19 ; d’autres reports de lancement pourraient suivre. Quoiqu’il en soit, la pandémie du Covid-19 confirme le cas d’usage de la 5G dans la santé. D’ores et déjà, les hôpitaux chinois sont dotés de robots mus en 5G pour suppléer les médecins auprès des patients.

https://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/20200331_-CP_Teleconsultations_Covid_19.pdf
https://www.glassdoor.fr/blog/teletravail-covid19-etude/
http://www.rfi.fr/en/science-and-technology/20200320-french-telecoms-struggle-user-data-surge-netflix-cuts-quality-europe-coronavirus-lockdown-work-from-home