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Article écrit par :

Sophie Lubrano

Directrice d’études Pôle Télécoms

Un mouvement initié au Kenya. Le premier hub technologique africain a vu le jour au Kenya, dans un contexte de politique volontariste du gouvernement et de succès pan-africain d’applications créées au Kenya :
  • le fameux système de paiement mobile m-pesa, qui s’est diffusé dans toute l’Afrique en palliant le manque de bancarisation des populations,
  • l’application Ushahidi, application de cartographie en crowdsourcing, a été développée à l’origine lors des troubles liées aux élections de 2007, afin de visualiser les lieux potentiellement dangereux. Cette application a connu un succès mondial, pour des sujets de plus en plus variés, dans les pays émergents ou développés : que ce soit pour les violences faites aux femmes en Inde, les remontées au comté de Dublin des dysfonctionnements urbains, ou la gestion d’un tremblement de terre au Népal. Le créateur de Ushahidi, Erik Hersman, est à l’origine du premier hub africain, iHub innovation, réunissant des entrepreneurs, des investisseurs, des partenaires techniques, des chercheurs …etc. Depuis 2010, iHub est formé de 152 entreprises et de 15 000 membres, et s’appuie sur une politique volontariste du gouvernement, qui a notamment raccordé le Kenya au câble sous-marin TEAMs en 2010 ; l’État Kenya est par ailleurs, actionnaire de Safaricom, l’opérateur mobile leader, aux côtés de Vodafone,. Depuis, d’autres hubs technologiques se sont développés notamment en Afrique du Sud, et au Nigeria (CCHub), et commencent à émerger en Afrique francophone, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Est.

Des besoins en financement

La dynamique est particulièrement soutenue, avec une croissance de 33 % des financements par rapport à l’année précédente, passant de 55 start-up lancées en 2015 à 77 l’année suivante (source Partech Ventures) ; les trois principaux pays bénéficiaires sont le Nigeria (on parle de “Yabacon Valley”, autour du quartier de Yaba, dans la banlieue de Lagos, où se concentrent les incubateurs de start-up), le Kenya (“Silicon Savannah”), et l’Afrique du Sud. Les financements viennent de sources variées :

  • Les fondations internationales, les organisations caritatives subventionnent des projets, par exemple des applications dans le domaine de la santé ; certaines financent des “hackatons”, compétition d’innovations, pour stimuler la créativité et attribuer des prix ou du matériel à des entrepreneurs locaux. Ainsi par exemple l’application mobile GiftedMom, créée au Cameroun afin de prévenir la mortalité infantile et qui a pu bénéficier de l’aide financière apportée par des prix internationaux liés à des concours.
  • les gouvernements proposent également d’aider les start-up, souvent sous la forme de concours d’application, ou pour des secteurs verticaux tels que l’agriculture.

  • Les grandes entreprises technologiques telles que Facebook, Google, Microsoft, SAP ou IBM s’intéressent également à l’Afrique ; SAP a annoncé investir 500 millions USD d’ici 2020 afin de financer l’innovation en Afrique, et a annoncé l’ouverture d’un laboratoire de co-innovation basé en Afrique du Sud. Par ailleurs, Facebook a investi (via sa fondation Chan Zuckerberg initiative) 24 millions USD dans la start-up nigériane Andela, spécialisée dans le recrutement et la formation de développeurs de logiciels en Afrique.
  • Les opérateurs télécoms jouent également un rôle actif, tout d’abord comme incubateurs, à l’instar d’Orange au Sénégal ou MTN au Nigeria. Les opérateurs financent également les start-up par le biais de fonds d’investissement ou de concours ; ainsi en Afrique du Sud MTN s’est associé à Jumia et Facebook et a créé un concours d’application mobile : les lauréats remporteront une subvention de 25 000 USD, un mentorat par les équipes du site d’e-commerce Jumia et un accès à la plateforme de développement d’applications Facebook Start.
  • Enfin, de nombreux investisseurs privés, y compris venus de l’étranger, s’intéressent à ce marché en émergence. Citons par exemple le milliardaire nigérian Tony Elumelu, qui annonce consacrer 100 millions de dollars sur dix ans pour financer et accompagner 10 000 start-up africaines. Les investisseurs chinois, indiens, et russes sont également présents. Cependant, le secteur du capital-risque commence seulement à émerger avec par exemple l’African Business Angel Network (ABAN), réseau de clubs africains de business angels créée en 2015, qui a l’objectif de drainer davantage l’épargne des élites africaines dans le capital-risque de jeunes sociétés africaines.
  • L’Afrique a sa première licorne (capitalisation de plus de 1milliard USD) avec le site d’e-commerce nigérian Jumia ; Jumia est une filiale du groupe Africa Internet, qui compte parmi ses actionnaires MTN, Millicom, le groupe allemand Rocket Internet, et plus récemment Orange et Goldman Sachs.

L’exception Israël, la réussite challengée

Israël est depuis vingt ans le deuxième écosystème d’innovation mondial derrière la Silicon Valley : 7 000 start-up (soit une start-up pour 1 200 habitants, ce qui est le meilleur ratio au monde), 11 licornes, et 3 milliards EUR de fonds levés en 2015. Ce succès s’est appuyé sur l’armée qui investit massivement dans les nouvelles technologies, également grâce à des universités de pointe et des générations d’investisseurs et d’entrepreneurs. La part des dépenses R&D dans le PIB s’élève à 4,1 %, ce qui place Israël en deuxième position mondiale derrière la Corée du Sud.

Cependant, Israël a du mal à conserver les start-up en forte croissance, qui sont en général rapidement rachetées par des géants américains (comme par exemple l’application de navigation Waze, rachetée par Google pour près d’un milliard USD) ; les acteurs chinois sont également de la partie et ont investi plus de 500 millions EUR dans les start-up israélienne en 2015. Israël doit relever le défi de passer d’une “start-up nation” à une “scale-up nation” afin de conserver et faire croître ses jeunes pousses et les amener au stade de licorne.

L’écosystème iranien, jusqu’alors protégé de la concurrence étrangère, attend les financeurs étrangers

L’Iran est un pays fortement numérisé, où 70 % des habitants utilisent Internet. Dans un contexte de blocus économique, les start-up ont pu se développer sans la pression concurrentielle des plateformes américaines. Et dans un contexte de chômage des jeunes, l’État a pris des mesures de soutien afin de favoriser la création d’entreprise : il a notamment créé le statut d’entreprise techno-scientifique avec des avantages fiscaux et financiers (prêts bancaires avantageux notamment). Après la levée des sanctions en 2015, les jeunes entrepreneurs locaux espèrent l’arrivée d’investisseurs étrangers pour financer le développement de leur activité.

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