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Article écrit par :

Sophie Lubrano

Consultante, BU Télécom

Didier Pouillot

Responsable des marchés africains / Responsable de la practice Régulation et Marchés Télécoms

L'Afrique et le Moyen-Orient ont été dans la dernière période fortement frappés par la chute du prix des matières premières, la montée en puissance de conflits armés et l’impact négatif de la sécheresse. Le taux de croissance du PIB de l’Afrique subsaharienne se serait ainsi replié de 3 % en 2015 à 1,6 % en 2016, le plus bas niveau depuis six ans. Il ne faudrait pas pour autant que le scepticisme succède aujourd’hui à l’euphorie des années passées.

La situation économique en Afrique et au Moyen-Orient

Le secteur de la télécommunication

Certes, on pourrait être tenté de faire un parallèle avec le secteur des télécommunications. En quelques années, le taux de pénétration de la téléphonie mobile a connu un formidable progrès, passant de 73 % en 2011 à 95 % en 2016. Cependant, la croissance du marché des services de télécommunications a récemment nettement ralenti, passant à 3,7 % entre 2015 et 2016, au lieu des croissances à deux chiffres des années 2010. Ce n’est pas tant le ralentissement général des économies qu’il faut incriminer, nous sommes plus sensibles à deux autres facteurs : le premier, pour les opérateurs, est de gérer la transition d’un modèle économique efficace pour la téléphonie à celui qui s’impose quand on entre dans un marché dominé par l’accès à l’Internet et la donnée. Il faut déployer les réseaux cellulaires (3G et 4G) permettant d’avoir accès aux services et applications dans de bonnes conditions. Il faut faire face au contournement des services téléphoniques par les applications de voix sur IP, en particulier à l’international, ou à la substitution des messageries OTT aux SMS, notamment là où les tarifs des opérateurs sont restés trop élevés. Dans des ARPU certes très contraints, on remarquera que ce sont des difficultés liées à une phase de transition qu’ont connue les opérateurs des marchés occidentaux. Mais il y a un second facteur qui est lié au caractère sous-optimal de l’organisation des marchés et de la régulation par les pouvoirs publics. On a – avec naturellement de très grandes variétés de situation selon les marchés – une tendance générale à la fragmentation des opérateurs, avec parfois des concurrences pas toujours efficaces et des niveaux de taxes contre productifs.

Un retard de développement en voie de rattrapage

Mais cette édition du DigiWorld Yearbook Africa nous conforte néanmoins dans un certain optimisme. D’abord, le retard très net de l’Afrique dans l’accès à l’Internet, quelque 20 % de la population avec d’énormes disparités selon les pays vs. plus de 80 % dans les économies occidentales, représente un potentiel de croissance qui devrait s’amplifier. L’essor du trafic de données le souligne (près de 100 % de croissance entre 2015 et 2016 selon Cisco). Les investissements dans les réseaux et, avec eux, la couverture 3G/4G, progressent. La part des usagers équipés de smartphone augmente en relation avec la baisse des prix des appareils : selon la GSMA, près de 50 % de la population subsaharienne devrait en être équipée en 2020. Par ailleurs, les procédures de partage d’infrastructures et d’externalisation sont en marche pour améliorer l’économie des opérateurs. Il est enfin probable que l’on assiste à l’échelle nationale mais aussi à celle du continent à des opérations de consolidation. Au-delà des questions relatives directement à l’économie des télécommunications, je voudrais insister, puisque ce point est développé dans notre rapport, sur l’essor de l’économie Internet sur le continent. De très nombreux hubs réunissant des incubateurs et communautés de “jeunes pousses” sont apparus ces dernières années, et pas seulement à Nairobi, Lagos, Johannesburg mais aussi en Afrique francophone et en Afrique de l’Est ; sans oublier sur la région la grande vitalité d’Israël dans le secteur des start-up et également l’écosystème iranien jusqu’alors protégé de la concurrence étrangère. Certaines d’entre elles sont devenues des groupes signifi catifs tels que Jumia fondée au Nigeria et qui développe une offre de commerce électronique dans plus de 20 pays d’Afrique aujourd’hui. Cette dynamique marchande ne doit pas faire oublier le potentiel des applications Internet dans la modernisation de l’action publique dans les domaines de la santé, de l’agriculture ou de l’éducation. Enfin, on notera les premiers pas des projets de smart cities qui, loin d’être de simples opérations de marketing, peuvent donner à l’innovation numérique un rôle essentiel dans la gestion de l’eau et de l’électricité, de la sécurité, des transports, etc. IDATE DigiWorld a décidé il y a trois ans de retenir dans ses priorités l’Afrique et le Moyen- Orient. Depuis, nos équipes ont multiplié les missions d’étude au Maghreb, en Afrique subsaharienne, et dans les pays du Golfe Persique. La troisième édition de ce rapport souligne l’importance que nous accordons aux développements du numérique dans la région. Je suis convaincu que l’Afrique et le Moyen-Orient apporteront dans les décennies à venir de nombreuses contributions à la transformation numérique de nos sociétés.

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